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Par margareth dans Votre feuilleton du week-end le 19 Mai 2012 à 05:06

Adèle reprit ses investigations avec un enthousiasme décuplé par sa dernière trouvaille. Elle mit en ordre les feuillets suivants et se replongea dans le fil de l’histoire.
Son récit achevé, monsieur Dessablettes s’était adressé à madame X. : « Ne bougez pas. Nous revenons tout de suite. » Puis, plus loin dans le corridor. « Hélène vous êtes en grand danger. Partez au plus vite ! Avez-vous où aller ?
— Oui, mais…
— Mais ?
— Ma disparition brusque serait suspecte. Mes sœurs et Alcide risqueraient d’être interrogés, voire arrêtés. Non. Il est préférable que je reste et ne change rien à mes habitudes. J’ai confiance en monsieur l’abbé.
— Vous savez Hélène, dans certain contexte la résistance humaine a parfois ses limites, y compris chez les plus valeureux…
— Je prierai.
— La prière n’est pas toujours le rempart le plus efficace contre les turpitudes du monde…
— Et cette jeune femme ? Et son enfant ? Hélène détournait sciemment la conversation.
- Nous allons les cacher ici le temps de trouver un moyen de les aider à fuir. Le manoir est vaste, les recoins ne manquent pas.
— Etes-vous sûr de Marie-Thérèse ?
— A dire vrai il est difficile de pénétrer ses pensées. Elle s’exprime peu. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai préféré l’éloigner un moment. Le cas échéant nous trouverons un moyen de la tenir à l’écart. »
Ils étaient retournés auprès de madame X. qu’ils avaient tenté de réconforter un peu. Quand Hélène avait repris la route pour l’hôtel Préfailles, la jeune femme et son fils étaient installés dans une chambre quasi-oubliée qui donnait sur la forêt.
Comme Hélène rentrait avec son filet de bicyclette empli de fleurs des champs, la mère Delyon, qui s’apprêtait à étendre un panier de linge au fond du jardin, lui annonça l’arrestation de l’abbé en compagnie d’un juif au petit matin sur la route de la Bessonnière. Hélène leva les sourcils. « Croyez-vous ? Qui vous l’a dit ?
— Tout le monde le sait ! Depuis le temps qu’il est dans la paroisse ! On est tous dans le trente-sixième dessous, aussi bien que vous, mademoiselle Hélène ! » Elle avait déposé sa charge et, les mains sur les hanches : « Quelle honte ! Un si brave homme. Il paraîtrait que le curé et le maire vont essayer d’intercéder en sa faveur et de le faire libérer.
— Mon Dieu ! Y parviendront-ils ? » La mère Delyon baissa le ton. « Vous pourriez pas faire quelque chose, vous mesdemoiselles, qui êtes un peu en cheville avec eux ?
— Nous sommes aussi impuissantes que vous. Ils nous obligent à les loger, c’est tout.
— Pourtant, insistait-elle, ma belle-fille m’a raconté que l’officier prend le thé avec vous…
— Certes pas !
— Mais on a vu mademoiselle Yvonne au restaurant avec lui… » Elle plissait les yeux pour aiguiser son regard et le planter dans celui d’Hélène qui, si elle avait eu tant soit peu d’à-propos, lui aurait rétorqué qu’elle-même ne manquait aucune occasion de tirer avantage de l’occupant. Mais Hélène, étrangère à la mesquinerie, ne savait que répartir pour excuser sa sœur. Satisfaite de l’effet produit, la femme de charge soupira et reprit son linge. Hélène effarée regardait sa silhouette pesante descendre les terrasses.
Lorsque dans la soirée l’Oberleutnant était rentré, la table du salon était couverte de fleurs et de rameaux qu’Hélène et Sixtine triaient pour en former des gerbes. Yvonne, dans le bow-window, peignait un bouquet. Leur abbé ne reviendrait plus dans sa paroisse leur dit-il au passage. Et en prononçant ces paroles il fixait Hélène qui soutint un instant son regard. « Il va vous manquer, Hélène.
— Bien sûr, ainsi qu’à tous ses paroissiens qui l’estiment. D’ailleurs aucun ne croit qu’un homme de sa probité puisse être condamné, avait répondu la jeune fille, posément. Nous ne doutons pas qu’il sera vite remis en liberté.
— Il a enfreint la loi…
— Quelle loi, dites-moi ? était intervenue Yvonne bien qu’elle eût semblé s’appliquer à parachever un détail.
— Chère cousine, vous êtes donc ici ? Je ne vous avais pas remarquée », feignit-il. Et alors qu’il s’approchait. « Que de sensibilité dans vos œuvres. Continuez, je vous prie. Au fait, vous êtes invitée chez les Harvey. Ils comptent sur votre présence… et sur la mienne. » Yvonne avait paru ne rien entendre.
Les jours qui suivirent, on aperçut, comme à l’ordinaire, Hélène se rendre à la chapelle avec un bouquet de fleurs fraîches ; Sixtine, selon son habitude, prendre sa bicyclette et attacher sa serviette sur le porte-bagages. Au contraire, Yvonne délaissa son automobile pour un taxi. Elle était chic ce jour-là, d’une élégance qui la rendait presque belle. Du vermillon soulignait ses lèvres au dessin parfait. Elle s’assit aux côtés de Balthasar zu Lobsteinbau sur la banquette arrière du taxi. Dès qu’elle s’adressait à lui, le jeune officier n’était plus attentif qu’à la corolle mouvante de cette bouche maquillée qui découvrait une rangée de dents blanches et régulières. Le désir de boire à cette coupe offerte le submergea soudain. Yvonne ne résista guère. La scène n’avait pas échappé à l’une de ces dames patronnesses qui circulait dans le voisinage et qui s’en fut prestement raconter l’affaire à ses commères. On jasa beaucoup en sous-main dans le bourg. Et la méfiance envers les châtelaines s’accrut.
A la même époque les lettres en provenance de Préfailles se raréfiaient. Adèle se demanda s’il fallait en attribuer la cause aux aléas des communications en ces temps perturbés ou bien à leur destruction volontaire par Hélène qui aurait jugé leur intérêt négligeable. Dans deux très courts billets, datés d’août 1942, Liselotte remerciait Hélène de sa bonne lettre et indiquait que désormais seuls les résidents des départements côtiers et limitrophes de la Loire Inférieure étaient autorisés à venir à Préfailles. Rien de madame Le Chahier.
Fin septembre, par contre, Liselotte s’épanchait dans une très longue missive sur les malheurs du temps. Elle espérait que leurs touristes [n’étaient] pas restés longtemps et [n’avaient] pas trop fait de dégâts. De Préfailles elle entendait des tirs sans pouvoir en déterminer la provenance. Elle se lamentait sur cette guerre qui ruinait tant de consciences faibles. Elle racontait ses pêches solitaires pendant l’été. Son grand-oncle perdait de sa vigueur, moins à cause des privations que parce qu’il se désespérait de ne plus pouvoir contempler la mer (qui avait été toute sa vie) de sa fenêtre. Plusieurs fois Liselotte l’avait soutenu jusqu’au chemin des douaniers qui longe la corniche. Il rentrait revigoré. Mais bien vite il retombait en apathie. Mademoiselle Renant avait joint une liste de vêtements d’hiver qu’elle priait Hélène de lui envoyer.
NB : Ceci est une fiction
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Par margareth dans Le petit furet le 15 Mai 2012 à 19:00

Histoires naturelles
Jules Renard
Illustrations de Toulouse-Lautrec
(Le Livre de poche – collection Libretti)

Cette semaine le petit furet a trouvé dans un coin de ma bibliothèque un livre de poche qui date un peu, puisqu’il a été publié en 1995. Vous pouvez juger à son état qu’il a beaucoup servi et que mon chien et mon écureuil aussi l’ont apprécié ! En de courts textes, parfois en une phrase, voire en quelques mots, Jules Renard, fils de la campagne, décrit de façon drôle, poétique, toujours très imagée les animaux qu’il y croise, les modestes fleurs des champs. Il nous fait partager sa profonde connaissance de la nature, l’amour quasi-fusionnel qu’il lui porte.
Les illustrations sont de Toulouse-Lautrec et nous découvrons avec étonnement que, loin des nuits agitées de Paris, de la Goulue ou du Désossé, l’artiste a su d’un habile coup de crayon représenter les bêtes les plus humbles.
Extrait : «Les lapins – Dans une moitié de futaille, Lenoir et Legris, les pattes au chaud sous la fourrure, mangent comme des vaches. Ils ne font qu’un seul repas qui dure toute la journée. »
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