• Au fond du jardin - 1


    Il était exceptionnel qu’Agathe réclamât un concours bénévole pour l’aider dans ses activités ménagères ou ses travaux de jardinage. Elle employait pour ces derniers un jardinier qu’elle rémunérait à la journée. La femme de celui-ci la secondait, en cours de saison, quand la charge de travail devenait trop lourde, au moment de l’arrivée ou du départ des locataires. Petit Louis, quant à lui, intervenait de façon ponctuelle, lors de déménagements ou d’événements particuliers qui requerraient des bras supplémentaires. D’ailleurs, au village, il avait la réputation d’être un garçon « très rendant service ». Nous traduirions, en termes plus prosaïques : une bonne poire. Soulignons toutefois, à la décharge d’Agathe, qu’elle n’était pas avare.

     

    Au cœur de l’été, c’est‑à‑dire pendant une période d’occupation intense, il se trouva dans le même temps, que le jardinier fut appelé auprès de sa mère qui se mourait en Touraine et que Petit Louis était immobilisé à cause d’une plaie qu’il s’était faite au pied en marchant  sur les dents d’un râteau. Aussitôt Agathe réalisa la quantité de fruits et de légumes  qui risquaient de se perdre dans son verger et ses jardins. Il était urgent de prendre une décision. Quelque peu dépassée, elle s’en ouvrit à sa plus fidèle amie, Blanche, qui lui offrit sans hésiter les bras de Sylvie et de Brigitte. Les filles commençaient à s’ennuyer des vacances. Aussi applaudirent-elles à la perspective d’une distraction nouvelle.

    Agathe les emmena tout d’abord dans son verger, contigu au clos Kerar. C’était un terrain herbu, tout en longueur, isolé du reste du monde par trois murs de pierre grise, surmontés de tessons de bouteilles piqués là-haut pour dissuader les voleurs. Le quatrième côté, au sud, était défendu par un fouillis impénétrable d’arbustes épineux et de ronces. Sauf aux abords de la haie, humides et ombragés, les rayons du soleil y coulaient à flot et des myriades d’insectes s’affairaient dans leur chaleur dorée. Des poiriers, des pommiers, des bigarreautiers palissés en espaliers levaient leurs branches suppliciées en formant de grands candélabres. L’ouche foisonnait d’arbres fruitiers poussés pèle‑mêle au milieu des hautes herbes jaunes. Il y en avait de toutes espèces –pruniers, abricotiers, néfliers, pêchers, cognassiers- et de toutes formes –en pyramide, en plein­‑vent, en parasol, en cordon. Et aussi des papillons, des abeilles et des mouches en quantité. Un véritable éden !

     

     

     

     

     

     

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