• Au fond du jardin - 3

    Agathe, satisfaite de leur travail, les convoqua derechef pour le ramassage des pommes de terre, dans un carré de jardin devant chez elle. Après leur avoir expliqué comment les déterrer au moyen d’une bêche, elle les laissa seules avec leurs outils et deux piles de cageots. Ce nouveau jeu se révéla beaucoup moins drôle que le précédent. Les mauvaises herbes cachaient les pieds de pommes de terre qu’il fallait identifier. Et puis les tubercules se trouvaient fâcheusement à portée du tranchant des pelles. Enfin la terre leur salissait les mains et s’incrustait dans leurs espadrilles. A ces inconvénients s’ajoutaient l’absence d’ombre et la curiosité des passants qui les examinaient par‑dessus le muret de la ruelle.

    Brigitte et Sylvie s’accordaient de courtes poses dont la  fréquence augmentait avec la fatigue. Elles allèrent tour à tour observer les poussins dans le poulailler, grimper sur la margelle du puits, obstrué par une trappe cadenassée, pour essayer d’apercevoir l’eau entre les fentes, regarder les chats qui se prélassaient dans les allées.

     

    Hervé, le fils du garde‑champêtre vint à passer par là et les interpella :
    ‑ Salut, les filles ! Que faites‑vous ?
    - Bonjour Hervé, répondirent‑elles avec un bel ensemble. On cueille les pommes de terre d’Agathe. Elle n’a personne en ce moment. Son jardinier est parti en voyage et Petit Louis est malade, expliqua Sylvie, l’air désolé.
    ‑ Attendez ! J’arrive !
    Hervé se dépêcha de faire le tour pour les rejoindre en empruntant la barrière du bas.
    ‑ Oh ! La, la ! Quel chantier ! observa­-t­­-il en connaisseur. Vous vous y prenez comme des manches !

    ­‑ Puisque tu es si malin, pioche à notre place ! répondit Brigitte.
    ‑ Halte‑là, les filles ! C’est une vraie forêt vierge ici !
    Puis, baissant la voix :
    ‑ Savez‑vous ? Il y a un mort dans ce jardin, quelqu’un qui est enterré dans ce coin, là‑bas…
    - Menteur !
    ‑ Bien sûr que si, je vous assure, appuya le sus‑nommé menteur : il y a une croix. Suivez‑moi !

    Ils s’engagèrent tous les trois vers une touffe de roses trémières qui proliféraient près du cellier. Le garçon écarta les hautes tiges et il pointa le doigt :
    ‑ Regardez, là !
    Une petite croix ripolinée en vert printemps était plantée au milieu des herbes folles. A l’intersection de ses branches une délicate couronne de roses blanches avait été dessinée à la peinture blanche. En son centre des mots étaient tracés. Les enfants lurent : « A Moumousse ». Cette découverte déclancha une crise d’hilarité générale qui s’amplifia après que Hervé ait ajouté :
    ‑ Et le bâton à côté indique la tombe de Pierrot, son coq.

    Le rire leur procura un regain de vigueur. Hervé décida de rester avec Brigitte et Sylvie. Tous les trois mirent tant de cœur à l’ouvrage que toutes les pommes de terre étaient arrachées et soigneusement rangées au retour d’Agathe. Elle les félicita.

     

    En rentrant, ses petites‑filles racontèrent leur journée à Blanche. Elles mentionnèrent bien‑sûr le secret des tombes. D’abord Sophie s’emporta contre cet acte de paganisme :
    ‑ Une croix pour un chat ! C’est honteux ! C’est… C’est un sacrilège !
    Puis, se ravisant :
    ‑ Cette pauvre Agathe manque tellement d’affection… Elle n’était pas faite pour vivre seule… Ne le répétez pas. Vous lui feriez de la peine !

     

     

     

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