• Des amis dans la guerre - 1 et 2



    En dépit des nuages qui s'accumulent au-dessus de l'Europe, maman, son frère et leurs parents profitent plus que jamais de leurs vacances à Préfailles au cours de l'été 1939. Ils sont même accompagnés de nouveaux venus, tantes et cousins.

    Bien que la guerre ait été déclarée le 3 septembre, l'optimisme renaît. En novembre on se congratule mutuellement au sujet des photos prises pendant l'été. Tout cela nous rappelle de bien heureuses heures. Puissions-nous les revoir l'été prochain : espérons que la guerre sera finie et que vous pourrez joyeusement prendre d'heureuses vacances ! -inconscience ou désinvolture ? Pourtant le frère de maman avait été enrôlé, et il ne donnait guère de nouvelles. Des mariages avaient dû être différés du fait des événements.


     

     Nous arrivons au coeur de l'été 1940. Il n'est plus question de vacances. L'armistice a été signé le 22 juin. Chacun se dit rassuré, heureux, profondément heureux  que le frère de maman ne soit ni prisonnier ni blessé, et tout le monde espère le voir bientôt rendu à la vie civile. Début juin des réfugiés venus du Nord et de Belgique ont envahi notre région. La famille de maman, qui dispose d'une assez vaste habitation, en héberge. Parmi ceux-ci une relation de Préfailles débarque épuisée après avoir dû camper sur un quai de gare pendant huit jours, avec ses deux enfants. Curieux hasard !

    Enfin, au cours de l'été les réfugiés rentraient chez eux, remplacés par les habits verts. M.B. note, non sans ironie : comme vous nous sommes abondamment occupés. Elle trouve les soldats allemands toujours corrects et même aimables avec (elle). (Le ton s'aigrira plus tard). Toutefois elle constate que si les salons des villas voisines sont bien tenus, greniers et remises ont été pillés. Aussi conclut-elle : s'ils restent des mois, je me demande ce qu'il restera des maisons. 

    Les préfaillais entendent des bruits de tirs et d'explosions dans la région, sans savoir au juste ce qui se passe.

     

     

    Avec son régiment, le frère de maman avait gagné le Havre à pied, d'où il devait embarquer pour Narvik en Norvège. Mais en cours de route les soldats avaient reçu un contrordre et étaient revenus, toujours en marchant à leur point de départ ! Pendant ce temps ses parents avaient multiplié les interventions et démarches auprès d'élus et d'autorités locales pour obtenir que leur fils ne quitte pas la France.
    Le 22 mars 1940, un sénateur répondait à son père :

    Cher Monsieur,
    J'ai lu votre lettre du 20 Mars.
    J'interviens immédiatement en faveur de M.votre fils auprès du Ministre de l'armement, mais je crains fort que son jeune âge ne lui permette pas d'obtenir une affectation spéciale.
    Veuillez agréer, cher Monsieur, l'expression de mes meilleurs sentiments.

    Puis le 23 avril 1940, à sa mère :


    Chère Madame,
    J'interviens pour que votre mari
    (!) ne soit pas envoyé en Norvège, mais je dois vous dire que les interventions parlementaires ne sont pas toujours satisfaites - loin de là- par l'autorité militaire...
    Croyez, chère Madame, à mes meilleurs sentiments.

     

     

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