• Leur vie resta difficile pendant plusieurs années. Papa, mal remis de ses blessures, aurait eu besoin d'une convalescence plus longue. La nécessité de travailler trop tôt a eu un impact négatif sur sa vie entière. Dans une lettre adressée en 2003 au plus cher de ses compagnons d'armes, qu'il venait de retrouver, il explique les complications qui ont présidé à sa rentrée dans la vie civile :

    [...] J'étais revenu à Toulouse pour passer devant la commission de réforme qui eut lieu le 8-2-46. J'y fus réformé provisoire à titre définitif (!) au taux de 95% et reçus une allocation d'attente qui correspondait à un peu plus d'une heure de SMIG qui n'existait pas encore. Je reçus cette allocation d'attente à compter du 1-4-46, date de ma radiation des effectifs de l'armée. Je fus donc bien obligé de travailler.

    Je repassai devant une commission de réforme de Nantes le 6-12-48. Réformé définitif  à compter du 30-9-52 et à partir de cette date je perçus la pension à titre définitif avec rappels à la date de ma radiation des contrôle de l'armée, le 1-4-46. Le brevet de pension me fut remis  le 16-3-53 (soit 8 ans 1/2 après ma blessure !)[...]


    Précisons qu'il avait été amputé à mi-mollet et que son genou, très abîmé, ne se consolidait pas (il ne le fut d'ailleurs jamais tout à fait) ce qui ne facilitera pas son appareillage. A partir de la cinquantaine il aura souvent des problèmes d'escarre au niveau du moignon et se trouvera donc dans l'obligation de retirer sa prothèse régulièrement !

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  •    Depuis qu'elles avaient sympathisé en 1914, M.B. et grand-mère étaient restées en étroite relation épistolaire. M.B., touchée par l'âpreté des conditions de vie de son amie, ne manqua pas de s'en ouvrir auprès de ses connaissances. Aussitôt une famille établie dans les colonies lui répondit : Il n'est pas question que Marie et ses enfants vivent dans des baraquements alors que nous avons une propriété inoccupée à Préfailles.

     

    Ainsi avant l'été 1946 grand-mère résidait à Préfailles (en face de chez M.B.) avec sa mère, sa fille et papa. Leur voisinage durera autant que leur amitié indéfectible : plus de vingt ans encore !

     

     

     

      Il paraît que la soeur de papa éclata en sanglots dès qu'ils eurent franchi le portail de la résidence. C'est que la villa s'offrait sous son pire aspect. Ronces et chardons avaient envahi le terrain abandonné aux herbes folles depuis le départ des a llemands. Ceux-ci, et certainement quelques pillards opportunistes, avaient saccagé les bâtiments. Les grands miroirs de trumeaux, au-dessus des cheminées, avaient servi de cibles de tir et la toile des murs avait été arrachée. Sans doute à ce spectacle éprouvèrent-ils le sentiment qu'une tâche quasi-insurmontable les attendait, qu'ils venaient de quitter la misère pour la désolation.

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  •  

    Quand elle parlait de grand-mère, il arrivait que la soeur de papa ponctue son discours d'un soupir qui s'achevait par pauvre mère. Pauvre mère, ce sont les mots qu'il convenait de prononcer en ce début d'année 1946. Pauvre mère, veuve très jeune, aujourd'hui sinistrée à cent pour cent, démunie de tout, en charge d'une aïeule, et qui retrouvait son fils mutilé et mal remis de ses blessures.
















    Comment les trois femmes ont-elles vécu pendant près de deux ans ? Dans la précarité sans doute, comme la majorité des sinistrés normands. Ce qui est sûr c'est que papa les rejoignit dans un petit village nommé Sainte-Colombe et que le maire (la seule personne du lieu à posséder une automobile) vint le chercher à la gare. A cette évocation papa ajoutait que, sur son passage, des prisonniers allemands s'étaient figés en un garde-à-vous impeccable.







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