• Préfailles, le 18 juin 1943,

     

    Ma chère Marie-Anne,

     

    C' est toute bouleversée par les événements de la journée que je vous écris ce soir. Le pays est tout remué par le départ des jeunes classes, comme vous devez l'être chez vous. Monsieur A.C. vous donnera des nouvelles du pays, calme depuis deux mois, mais toujours angoissé de l'avenir. Je pense souvent à vous, à vos angoisses concernant votre frère. Espérons que tout cela sera fini avant son appel.

     

                                                                                                M.B.

     

     

     




    Fin juin 1943 - Le frère de maman a été littéralement enlevé comme insoumis, sans explication. Pendant plusieurs jours sa famille ignore ce qu'il est advenu de lui. Est-il encore en France ? L'a-t-on déporté ? En définitive il a été envoyé sur un chantier à Saint-Nazaire. Il y fait de la "maçonnerie".

    Dans quelles conditions a-t-il été arrêté ? Ceux qui auraient pu nous le raconter ne sont plus là.

     

     

     

     

    Mais cela a dû être violent et dégradant car les lettres outrées affluent :

    7 juillet -  C'est inimaginable ! C'est le comble ! C'est à se demander si réellement nous avons encore quelques droits sur le sol français et je crois bien que certaines autorités françaises sont pires que les occupants.

    9 juillet  - Un jeune homme de leurs connaissances a, lui, été envoyé en Allemagne.

    Quelle horrible chose que cette déportation d'hommes. Je me demande comment des peuples entiers marchent ainsi de par la volonté d'un seul homme ; se faire massacrer sans savoir pourquoi, et les expatrier, dans quel but ? (...) Nous sommes un peuple de prisonniers. C'est ce que nous ne pouvons nous mettre en tête !

    6 août -
    Enfin, dans le malheur, il (le frère de maman) n'est pas bien loin et c'est le principal. D'après les événements, il n'ira sans doute pas plus loin.

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  •   A l'instar de notre amie préfaillaise, des réfugiés avaient confié aux parents de maman des malles et quelques objets encombrants, tel ce matelas qu'une vieille dame réclamait en avril. Elle avait insisté pour qu'ils l'assurent au prix fort, les transports étant de moins en moins fiables. De fait, il ne parviendra jamais à destination ! Mais le plus souvent les malles contenaient des vêtements que les familles demandaient au fur et à mesure de leurs besoins. Maman était débordée par les envois de ravitaillement. Car à ceux qu'elle assurait déjà plusieurs fois par semaine, s'ajoutèrent bientôt les aides aux jeunes filles isolées d'Angers que lui confiaient les mouvements de jeunesse catholique dans lesquels elle militait ; puis les colis pour les prisonniers de son village.



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    Entre le 28 février et le 1er mars, Saint-Nazaire a été bombardée par les anglais et les américains qui avaient pour mission de la raser. La population civile a dû fuir. Le 28 juin 1943 Saint-Nazaire subit une dernière attaque des alliés en plein jour. Mission accomplie. Après cinquante bombardements, la ville est détruite à 85% ! De leur petit territoire les préfaillais ont pu observer et compter les avions. Mais à leur grand étonnement, ils n'ont entendu aucun bruit. Peut-être parce que le vent portait le son vers le  nord ?







     

     

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