• Pour nous l'évocation de Préfailles suscite d'abord des images de bel été ensoleillé, le souvenir des cris de la plage que le vent apporte par vagues successives et du bourdonnement des insectes pendant notre sieste. Pourtant il arrivait qu'il pleuve et même que souffle la tempête. Ces jours-là nous jouions devant la porte ouverte du couloir ou bien sur le plancher de notre chambre. Petits, nous nous amusions pendant des heures avec des morceaux de bois de toutes formes. A ce jeu notre imagination ne connaissait pas de bornes. Je ne sais pas où grand-mère les avait récupérés. Elle nous prêtait aussi des dominos. Les pièces d'ébène et d'os (ou d'ivoire) étaient rangées dans un coffret en forme de plumier à couvercle coulissant. Je crois qu'ils avaient appartenus à notre grand-père. Et puis nous lisions et nous travaillions à nos devoirs de vacances.

    Toutefois le mauvais temps ne présentait nullement un obstacle aux sorties. Hormis le fait que nous devions prévoir un minimum de provisions, le spectacle de l'océan démonté nous fascinait toujours. Enveloppés dans nos capuchons de toile enduite de caoutchouc (nous disions d'ailleurs nos caoutchoucs) nous aimions lutter contre les rafales pour franchir le léger monticule planté d'écume de mer  (arbuste aux petites feuilles argentées) qui séparait la route du chemin côtier. Le vent de mer s'engouffrait dans nos vêtements et nous repoussait vers la rue. C'était un amusement parmi d'autres...

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  • Le dimanche nous nous levions plus tôt afin d'assister à la première messe car grand-mère étouffait dans la foule. Nous avions aussi besoin de davantage de temps pour revêtir nos tenues du dimanche qui l'exaspéraient. Elle trouvait que, ainsi attifées, nous avions l'air de paysannes. "Au bord de la mer, répétait-elle, les gens s'habillent avec simplicité." Néanmoins elle soignait nos coiffures. Les bigoudis ôtés, elle s'appliquait à former de belles boucles anglaises qu'elle ornait de gros rubans blancs.





    Les offices religieux se déroulaient dans notre chapelle sans faste. Ici, pas d'orgues grandiloquentes, nul recoin obscur, mais des vitraux clairs qui adoucissaient la lumière extérieure, des boiseries et des bancs couleur miel, au lieu de ceux, presque noirs de nos églises paroissiales. Et surtout, au fond du choeur, la fresque peinte en 1958 par le prix de Rome Rousseau-Decelle, qui représente la Pointe Saint-Gildas vue du haut de la Grande Plage. Pour moi cette peinture symbolisait l'ouverture de l'intimité pieuse du culte à l'infinité du monde, au-delà de la ligne bleue de la mer.

     

    En sortant de la messe nous nous dirigions tout de suite vers la boucherie où nous avions commandé la veille un gros poulet rôti. Puis nous nous arrêtions à la pâtisserie pour acheter des "Petits Préfaillais", ces gâteaux à base de meringue garnis de crème dont nous raffolions. Le dimanche, notre menu principal comportait toujours ces trois mets : poulet rôti, frites, Petit Préfaillais. Mais avant de déjeuner, nous reprenions nos tenues de plage et nous allions nous baigner, comme chaque jour.

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    Le samedi et le dimanche rythmaient le déroulement quasi-immuable des vacances. Samedi le marché se tenait sur l'avenue de la Plage. Nous le traversions surtout par distraction parce que je ne me souviens pas que nous y eussions jamais acheté grand chose. Toutefois, une année, un éventaire nouveau apparut comme un miracle : le marchand de Tout à 1fr (de l'époque !) qui nous attirait irrésistiblement. Une véritable caverne d'Ali Baba de la bimbeloterie et de la quincaillerie à trois sous ! Ce qui convenait tout à fait à nos porte-monnaie. Lors de notre départ en vacances nos parents versaient bien à chacun un modeste pécule. Mais sur celui-ci nous prélevions d'abord l'argent des menus cadeaux destinés aux fêtes et aux anniversaires de l'été. Après quoi il ne restait plus grand chose pour notre satisfaction personnelle. Et là, soudain, l'étalage entier devenait accessible !

    Ce jour-là, en fin d'après-midi, grand-mère nous lavait la tête avec un shampoing à l'oeuf de sa composition. Le soir, avant le coucher, elle prenait les filles à tour de rôle et roulait leurs mèches de cheveux  autour de fins bigoudis de cuir qu'elle enrobait d'une papillote de papier de soie. Seule ma soeur, dont les "baguettes de tambour" étaient rebelles à toute tentative de mise en forme, échappait à ce supplice de patience.


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