• Le feuilleton hebdomadaire 18

    Le blog de la voisine (base)

     

    2 mai 2010

     

    L’air iodé fouette, à n’en pas douter. Je prends plaisir à arpenter les rues que j’aime depuis l’enfance, le port, les marais et, le soir, à m’écrouler sur le divan, vidée de force et de pensées ; puis à dormir d’un trait jusqu’au lever du jour.

    Après le décès d’Alphonse, j’ai fait l’acquisition de cette petite maison. J’avais alors espoir de retrouver les émotions et les bonheurs de ma jeunesse, l’un ou l’autre de ceux qui appartenaient à notre joyeuse bande. Mais le temps s’est écoulé loin de moi et tous ont disparu. Des grands-parents, des parents sont morts ; villas et maisons de famille appartiennent aujourd’hui à des étrangers. Il se peut que je croise parfois Marie-Elisabeth sans la reconnaître… Je ne me rappelle ni son nom de femme ni le prénom de son mari.

    Quelle paix ! Ici radio, téléphone, télévision sont prohibés. Je me repose des bruits du monde qui nous assaillent et nous écrasent. Il est inhumain de vouloir porter toute la misère de la création. Celle de notre entourage suffit.

     

    3 mai 2010

     

    Assise sur un banc à l’entrée de la digue, j’observe jeunes gens et jeunes filles qui flânent, insouciants et rieurs. En réalité c’est ma propre adolescence que je contemple à travers eux. Je me dis que je leur ressemblais, jolie, mince, enthousiaste. Et de vieilles dames esseulées me regardaient ainsi en se murmurant les mêmes choses. Et je ne les voyais pas, ou bien je considérais qu’elles n’appartenaient qu’à l’instant  présent parce que je n’allais pas jusqu’à imaginer qu’elles avaient eu dix-huit ou vingt ans elles aussi.  Aucune jalousie ne m’effleure. Plutôt un certain regret de ce qui fût et vers quoi nous ne pouvons retourner.

     

     

     

    4 mai 2010

     

    Le charme tendre de la nostalgie est rompu. Yvan s’est pointé en fin de matinée avec l’intention de se poser chez moi jusqu’à demain midi, quitte à dormir sur un matelas. Il avait affaire dans le coin, s’est-il excusé. Aux halles de Saint-Trojan nous sommes tombés nez à nez avec mes amis de la tribu des camping-caristes, ainsi désignés par eux-mêmes, que j’ai invités à venir stationner sur mon terrain. Depuis, la maison résonne d’éclats de voix et de rires. Dehors le soleil luit mais le vent est glacial. Il fait décidément trop froid dans cette pièce sans chauffage ! Demain je repartirai en même temps que mon neveu.

     

    5 mai 2010

     

    L'excitation des visites me rend insomniaque. Toute la nuit j'ai gelé. C'est pourquoi ce matin j'étais debout avant tout le monde. Au retour d'une balade à travers bois, j'entends de gros rires, des "oh ! La conne ! Mais quelle conne !" en provenance de chez moi. De qui se gaussait-on de manière aussi bruyante ? A mon entrée, personne ne se détourne de l'attraction posée sur la table basse du coin-salon.

    Yvan, accroupi au bord du canapé, pianotait comme un fou sur le clavier de son portable, entre mes amis, penchés au-dessus de lui, les mains croisées dans le dos. Comme j'approchais, Yvan me jeta un coup d'oeil :

    - Devine quoi ! Esmeralda raconte ses aventures par le menu ! Elle ne nous fait grâce d'aucun détail. Ses ex vont être contents !

    Mon ex, tes ex, leurs ex, c'est à croire que dans notre société permissive collectionner les ex soit du meilleur genre pour rester in. N'en avoir aucun à son tableau de chasse vous classe d'office dans la catégorie out, celle des ringards !

    Cela dit, l'heure est venue de préparer nos valises...


    N.B. Ceci n'est pas un journal intime, mais une fiction

    « Naissance des étoilesCoup de foudre »
    Yahoo! Google Bookmarks

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :