• Le feuilleton hebdomadaire 28

     

    Le blog de la voisine (base)

     

     

    10 juillet 2010

     

    Le récriminateur passe de plus en plus tôt. Il jette ses cris comme une malédiction vers le ciel. « Ah ! Monsieur ! Ah ! Vous avez voulu me prendre ma femme ! Eh bien, Monsieur… » Ses vociférations se perdent au loin sur la route en même temps que sa silhouette malingre. Un fou. Prisonnier de sa rébellion.

    La chaleur nous assomme tous. Il n’y a plus un bruit derrière les volets clos et les stores baissés. Comment font les peuples sous les tropiques pour vivre et travailler dans la moiteur continue ?

    Les blogs tournent au ralenti. Les visiteurs se raréfient. Le découragement guette ceux qui restent. C’est l’été. La morte saison pour nous qui ne partons pas. Mes seuls voyages seront pour le centre anticancéreux. Comme un chemin de croix interminable.

     

    13 juillet 2010

     

    La liste de mes favoris est brève : taratata, parce que j’en connaissais l’auteur ; Parteutatis, spécialiste des mythologies celtes et scandinaves, pour ne pas sombrer dans le ridicule avec la précédente. Je n’aime pas les entraves. Je préfère vaquer à mon gré dans les domaines qui m’attirent, m’arrêter à un article et non m’astreindre à des visites régulières dont la plupart seront d’un intérêt discutable.

     

    14 juillet 2010

     

    Débarquement de deux garçons chez le jeune infirmier du second. Frères ou amis…

    La fête nationale a réveillé tous les habitants du rez-de-chaussée à l’heure du feu d’artifice. On rit, on applaudit, on s’exclame à chaque pétarade. Mon petit Varech apeuré s’est réfugié sous la chaise, entre mon lit et le mur.

     

    15 juillet 2010

     

    La bibliothèque est désertée. Elle fermera bientôt. Quel sujet aborder ? Le vide estival ne m’inspire guère.

    Si je faisais dans l’autobiographie ? Bien que j’y répugne.  C’est en fait la raison d’être d’un grand nombre de blogs. Pas question de m’embarquer dans une rétrospective pleurnicharde. Je me concentrerai sur une période disons, « historique ». Par exemple les années passées dans la mercerie d’une tante de mon père, Athalie, dite tante Thata. Les références au passé récent intéressent beaucoup de lecteurs. Chacun y retrouve plus ou moins un épisode de sa vie ou de celle d’un aïeul. Le petit commerce était florissant. Il ne connaissait ni l’informatique ni les blisters.

    Oui, mes parents m’ont placée en apprentissage chez tante Thata à quinze ans, aussitôt mon BEPC obtenu. Mon père possédait une quincaillerie très bien achalandée, du côté du Puy-en-Velay. Il jugeait les études secondaires superflues pour la fille d’un commerçant aisé. La prospérité de sa famille garantissait sa sécurité matérielle. Tante Thata, vieille demoiselle figée dans le souvenir d’un lointain amour platonique, fut trop contente de prendre l’une de ses petites-nièces sous son aile.

    Mais je ne songeais qu’aux études.

    Dix années plus tard je me présentais au baccalauréat. Je l’avais préparé seule, dans le secret de mes nuits. Je quittai alors tante Thata pour m’inscrire à l’université de Clermont-Ferrand, en sciences humaines. Mes économies épuisées, il ne me restait plus pour (sur)vivre qu’à exercer une succession de petits métiers sans gloire. Diplômée à trente ans, l’étiquette « autodidacte » m’a poursuivie. Les portes se refermaient, y compris –et surtout-, celles de l’enseignement. Avez-vous élevé trois enfants ? Non. C’était le sésame. Lasse de trimer, je suis retournée près de tante Thata.

    Elle promettait de me céder sa boutique. Un jour. Mais à quatre-vingt-douze ans, encore  bon pied, bon œil, elle tenait toujours ferme la barre. Peu à peu les premiers supermarchés grignotaient sa clientèle. Mon père avait pris sa retraite avant que sa quincaillerie ne coule tout à fait. Mes deux frères étaient cadres dans de grandes surfaces. Et moi je partais à la dérive.

    J’ai fini par accepter un poste d’employée de bureau dans l’usine de l’un de nos fournisseurs, loin de mon Velay natal.

     

    N.B.Ceci n'est pas un journal intime, mais une pure fiction.

     

     

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