• Le feuilleton hebdomadaire - 37

     

    Le blog de la voisine (base)

     

     

    13 septembre 2010

     

    Suite à l’échange de nos numéros de téléphone, rendez-vous avait été fixé à la mi-juillet dans l’une de ces cabanes d’ostréiculteurs transformées en restaurants de fruits de mer. Tout en contemplant le port de Saint-Trojan, j’attendais un peu anxieuse l’arrivée de cette quasi-inconnue. Savons-nous jamais ce que cache un pseudonyme ? Nous construisons une image de nos interlocuteurs invisibles influencée à la fois par leurs articles et les repères de notre milieu. Tatiana avait à peu près mon âge. Mais je l’imaginais plutôt jeune, un rien négligée, en jean et parka, sa chevelure brune au vent.

    En réalité, ce fut une femme rondelette qui poussa la porte avant l’heure d’affluence. Elégante, blonde platine, sans hésitation elle avança vers la table que j’occupais et se présenta. D’emblée elle me mit à l’aise. Elle était de ces personnes qui se livrent sans affèterie ni arrière-pensées.

    A l’apéritif nous avons évoqué nos années de jeunesse. Il se confirma que nous avions fréquenté les mêmes plages. Cependant – nous en avions dorénavant la certitude – nous ne nous connaissions pas alors. Ce n’est qu’à travers les propos de relations qu’elle avait entendu parler de certains de mes amis. Elle citait des noms, évoquait des détails. Ces renseignements remontaient au plus à dix ans, assura-t-elle.

    Au milieu du repas elle m’apprit que la sœur de Valentin avait rompu ses fiançailles avec le futur notaire pour entrer au Carmel ! Celui-ci, à l’issue de son droit, avait opté pour le journalisme. Il était grand reporter et se déplaçait sur le théâtre d’opérations militaires dans le monde entier. Je n’en revenais pas, abasourdie. Qu’avait-il donc pu se produire pour provoquer de tels revirements ? La sœur de Valentin, je me le rappelle, brûlait pour ce garçon. C’est… incompréhensible !

    De son côté Marie-Elisabeth avait divorcé pour se remarier avec un marchand d’art africain. Au grand dam de sa famille. Elle partage sa vie entre Dakar, Paris et Rome.

    Et ce jeune homme blond, le flirt de Sylviane, qu’était-il advenu de lui ?  Tatiana scrutait sa mémoire. Non, elle confondait. En revanche elle avait entendu dire qu’Annik, une jeune fille d’apparence quelconque, modeste secrétaire, avait grimpé tous les échelons de son entreprise jusqu’à en prendre la direction. Une lionne, paraît-il.

    Tatiana avait des obligations. Elle devait quitter Oléron le lendemain. Nous nous sommes séparées avec promesse de nous revoir à Pâques sur notre île bien-aimée.

     

    14 septembre 2010

     

    Je suis sortie perturbée par notre dialogue. Mon existence ainsi que celle des membres de ma famille se révélait bien fade, trop conforme au destin prévu. Persuadée depuis toujours que le devenir de chacun d’entre nous ne s’écarterait jamais de ce que nous en attendions. Des vies rectilignes, à peine troublées par de rares accrocs. Se marier –s’établir, disait-on – puis vivre selon l’alternance des vacances à la mer, du travail, des occupations citadines, dans un milieu aisé, à l’abri de la gêne. Ensuite il y aurait les enfants, petits, adolescents, adultes. Et reviendrait le temps des mariages ; se poursuivrait la succession des générations…

     

    17 septembre 2010

     

    Foin des regrets ! A soixante ans il faut aller de l’avant, sinon gare à la nostalgie ankylosante !


    N.B . ceci n’est pas un journal intime mais une fiction

     

     

     

     

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