• Mademoiselle - 1

     


    Blanche déboucha dans l’allée de fusains, rouge, essoufflée, en nage, devant le poulailler où Agathe finissait de nourrir ses bêtes.
    ‑ Que vous arrive‑t‑il ? Interrogea Agathe en refermant derrière elle la porte grillagée. Auriez‑vous reçu une mauvaise nouvelle ?
    ‑ Bonne… mauvaise… Ma bru demande à venir une dizaine de jours avec Mademoiselle, la répétitrice de ses filles.
    ‑ Voilà donc une bonne nouvelle !
    ‑ On voit que vous ne connaissez pas Mademoiselle. C’est un caractère qui ne transige ni avec les principes ni avec l’étiquette. D’abord, où la mettrais-je ? Voudriez-vous que je l’installe dans ma chambre ?
    ­ ‑ Ce ne sont pourtant pas les lits qui manquent, lança sournoisement Agathe qu’aiguillonnait une pointe de tardive rancune, à la suite d’une vieille querelle qui les avait opposées au sujet d’un lit, abandonné au coin de la rue. Logez‑les dans la grande maison.
    ‑ Voyons, Agathe, je suis payée pour l’entretenir, non pour en disposer !
    ‑ Bah ! Les propriétaires vivent aux antipodes. Qu’en sauront‑ils ?
    ‑ C’est pour le principe…
    ‑ Les principes… Nous y revoilà, conclut Agathe.

     

    Un mois plus tard, Blanche et Agathe, qui tirait la petite remorque qu’elle utilisait d’habitude pour transporter les bouteilles de gaz, accueillirent à l’arrivée du car Hélène accompagnée d’une espèce de court piquet à forte poitrine et à tête de duègne outragée. On fit les présentations.  Les arrivantes déposèrent leurs bagages dans la caisse brunasse de la remorque. Sur le chemin du retour, on n’échangea guère que quelques considérations relatives au temps et aux agréments du lieu. Mais lorsque la petite troupe franchit l’imposante grille de Ker Soizic, un imperceptible tressaillement détendit les traits de Mademoiselle. En entrant dans la grande maison elle esquissa un sourire, puis devint tout à fait aimable quand elle découvrit sa chambre : une haute pièce tendue de toile de Jouy dont la fenêtre ouvrait sur la mer qui scintillait à l’extrémité du jardin d’agrément. A l’instant elle se vit châtelaine !

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