• Votre feuilleton du week-end : le salon de thé 25

     

    Le salon de thé (base)

     

    Semaine 25

     

    Mercredi dernier une grosse nuée d’orage a contraint un groupe de randonneurs à se réfugier dans l’abri le plus proche, Chez Adèle H., le seul du quartier. Monsieur et madame Delyon occupaient déjà l’une des banquettes et faisaient face aux Mukaschturm. Ils papotaient avec fièvre de la préoccupation actuelle des esprits oisifs : la pièce souterraine et ses secrets. Quel usage a pu en être fait pendant la guerre ? Il est impossible que les demoiselles Pochon en aient ignoré l’existence.

     

    Les arrivants, captivés par la conversation, se sont rapprochés des deux couples et mademoiselle Hermenier, tout en assurant le service, tend l’oreille. Au fil des échanges, elle en apprend un peu plus sur ces étranges dames.

    Madame Mukaschturm évoque une visite qu’elles rendirent à ses parents autrefois. Elles étaient arrivées coiffées de larges chapeaux surchargés de fleurs ou de plumes qui semblaient sortis tout droit des malles leurs arrière-grands-mères. Femmes joyeuses, d’un commerce aimable, elles avaient ravi la fillette.

    —Elles représentaient de beaux partis, fait-on remarquer. Elles auraient pu se marier.

    —Croyez-vous qu’elles auraient été aussi bêtes ?  s’esclaffe Delyon qui, en dépit de ses prétendues origines lyonnaises, est né dans la maison d’en face, comme son père et une lignée d’aïeux. Pourquoi se seraient-elles encombrées de maris alors qu’elles étaient riches et libres. N’oublions pas q’avant 1965 une femme n’avait pas le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de son époux.  Et c’était lui qui gérait ses biens ! N’est-ce pas Biquette ? Tu l’as échappé belle, hein, madame Delyon !

    —Mais il y a les sentiments, le besoin d’être aimée, l’instinct maternel…

    —De ce côté elles n’avaient pas froid aux yeux !

    —Vous extrapolez, proteste madame Mukaschturm.

    —Allons donc, Violaine, elles fricotaient avec les boches ! Vous étiez encore gamine, mais combien de fois ma mère m’a raconté que la plus vieille s’affichait partout avec le grand officier blond qui logeait chez elles. D’ailleurs au moment de l’épuration elle s’était évaporée, comme par hasard !

    —Tuberculeuse, elle était partie se faire soigner dans un sanatorium en Suisse, rectifie madame Mukaschturm.

    —Des bruits couraient pourtant, insiste une randonneuse. On a dit qu’elle était allée accoucher en Suisse. Quelques-uns prétendaient qu’elle s’y était fait avorter…

    —Les rumeurs, les rumeurs, il faut les prendre pour ce qu’elles valent, souffle une voix derrière leur dos.

    Qui a prononcé ces paroles ? Les visages demeurent impénétrables.

     

     

    On se tourne vers mademoiselle Hermenier dans l’espoir de recueillir des informations de première main. Hélas, elle en sait encore moins qu’eux tous.

     

    N.B. Ceci est une fiction

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