• Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochon - 15

    Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochon - 15



    « Bénissez-moi mon père parce que j’ai péché…

    — Abrégeons, coupa l’abbé, las d’écouter les turpitudes des âmes. Allez m’attendre Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochon - 15à la chapelle. La personne dont je vous ai parlé y sera déjà. Je vous rejoindrai dès que j’en aurai fini avec les confessions.

    — Bien, monsieur l’abbé. Cependant je ne peux pas déjà ressortir. On soupçonnerait que je n’ai pas eu le temps de me confesser… » Le prêtre soupira, attendit un peu, puis referma le judas. Hélène se rapprocha du choeur et s’installa sur une chaise, son chapelet à la main, pareille à n’importe quelle pénitente qui réciterait les prières imposées par son confesseur.

    La jeune fille poussa la porte de la chapelle de l’impasse, celle où venait prier sa grand-mère Pochon autrefois, un peu fébrile car elle ignorait qui les accompagnerait dans la crypte. Un couple à genoux devant la sainte table, semblait abîmé dans ses oraisons. Le bruit de ses talons sur le carrelage ne les fit pas se retourner. Elle s’assit sur un banc un peu en retrait. Le prêtre tardait. Le soleil déclinant dorait le haut des murs. Elle commença à prendre peur. S’il ne venait pas ? S’il trahissait ? Elle sursauta au grincement du battant qu’on ouvrait. C’était lui. Il lui fit signe de le suivre. Le couple se releva. C’était un homme entre deux âges et une femme plus jeune.

    La serrure de la crypte était grippée. Il devait y avoir belle lurette que personne n’y était descendu. L’abbé et l’homme tentèrent à tour de rôle de forcer la clef qui finit par tourner. Tous quatre s’engagèrent dans l’escalier en colimaçon. L’odeur du salpêtre et de l’humidité les prenait à la gorge au fur et à mesure de leur descente. En bas, deux soupiraux masqués par la végétation laissaient filtrer une mince lueur. Hélène reconnaissait à peine les lieux. Il y avait si longtemps que Valéry les avait amenées ici, Sixtine et elle ! Un boyau partait alors en direction de l’hôtel Préfailles, qu’elle ne voyait nulle par. Tout à coup elle avisa un meuble qui avait pu être un reliquaire. Elle le désigna : il fallait chercher à cet emplacement. De fait, l’ouverture, noire comme un four, s’ouvrait derrière le meuble. Ils s’y enfoncèrent, précédés du filet de la torche qui trouait les ténèbres. Ils suivirent un couloir étroit, entrecoupés de puits (qui avaient été des caves en un temps révolu) et qui, à peu de distance, déboucha sur une grande salle souterraine au plafond en voûte. L’abbé balaya les lieux de la lumière de sa lampe. « Vous voulez nous faire crever ! Il n’y a aucune ouverture d’aération ! cria l’homme.

    — Nous distinguons l’emplacement d’oculus. Il suffirait d’en dégager un seul, avança timidement Hélène.

    — Savez-vous où ils donnent ?

    — Non…

    — C’est risqué, admit l’abbé. Mais nous pourrions peut-être tenter la chose néanmoins…

    — Trop dangereux, mon père. Vous disiez, mademoiselle, qu’au-delà de cette pièce il était possible d’atteindre le ruisseau ?

    — En effet, si toutefois le tunnel n’a pas été comblé par des effondrements. »

    La vieille armoire, incongrue dans ce souterrain, n’avait pas bougé. A côté, une porte à voussure donnait accès à un petit local maçonné. Hélène les orienta non vers les souterrains-refuges, mais dans un couloir adventice qui semblait-il, suivait les méandres du coteau. Il leur paru interminable au point qu’ils faillirent plusieurs fois rebrousser chemin. La nuit tombait presque lorsqu’ils débouchèrent, après avoir franchi un goulet, dans une grotte naturelle enfouie dans la verdure. L’inconnu avança de quelques pas sur la rive, leva la tête, identifia un bâtiment et poussa des exclamations incrédules. « Mademoiselle, mademoiselle ! Vous nous sauvez la vie ! Vous venez de nous faire franchir la ligne de démarcation ! » L’homme et la femme lui serrèrent la main. On se dit adieu. Hélène et le prêtre revinrent sur leurs pas en toute hâte.

    L’abbé referma la crypte et recommanda fermement à Hélène la plus totale discrétion. Nul ne devait avoir vent de leur expédition, pas même ses sœurs. Il ne lui indiqua pas le nom des fugitifs.  Mieux valait en savoir le moins possible.

    L’heure du couvre-feu sonnait à l’instant où elle franchissait le seuil de l’hôtel. Alcide et Hortense l’attendaient, rongés d’inquiétude. « Où étiez-vous donc, mademoiselle Hélène ? Nous nous sommes fait un sang d’encre !

    —Il faisait si beau, j’ai voulu profiter de la campagne, leur répondit-elle d’un ton badin. Hortense, que me servez-vous pour le dîner ? » La cuisinière jeta un regard en coin du côté d’Alcide. Que la jeunesse dorée était donc insouciante !


    NB : Ceci est une fiction

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  • Commentaires

    10
    Vendredi 27 Avril 2012 à 22:53

    tes deux fictions se rejoignent..............

    9
    margareth Profil de margareth
    Vendredi 27 Avril 2012 à 09:07

    Latil :

    Qui sait tout ce que le sous-sol cache encore ? Le saumurois est parcouru de caves et de souterrains. D'ailleurs de temps en temps une partie de rue s'effondre.

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      Commentaire :


    8
    Jeudi 26 Avril 2012 à 18:12

    Une ligne qui a couté la vie a bien des gens. presque aussi difficile à franchir que le mur de Berlin et plus meurtriere. Au delà, la liberté , mais plus pour longtemps. Ah si l on pouvait explorer tous les souterrains qui éxistent, reliant parfois les chateaux ou les monastéres. Un beau texte ,bonne descriptions et puis le sujet à été peu exploré...

    Bonne soirée Margareth

    Latil

     

    7
    margareth Profil de margareth
    Lundi 23 Avril 2012 à 06:49

    J.de L. :

    Pas encore au programme !

    fanfan 2 :

    C'est l'avantage des fictions : elles permettent d'aménager le terrain. :-)

    titi, Liliane 62 :

    Merci. Pour le hachoir, il ne faut pas se fier aux apparences... la preuve...

    6
    Lundi 23 Avril 2012 à 00:18

    J'avais pris du retard... Mais le feuilleton j'y tiens ! C'est tellement bien écrit... Merci Margareth.
    Ton mini hachoir a l'air bien solide ! Le mien parait si  fragile... Je vais me méfier.
    Bonne soirée.

    5
    Dimanche 22 Avril 2012 à 22:18

    Avec quelle facilité tu emploies les mots justes  !

    C'est pratique un souterrain qui débouche   sur la ligne de démarcation !

    j'ai hâte de lire la suite  .

    4
    J. de L.
    Dimanche 22 Avril 2012 à 08:17

    Aurons-nous un jour le plaisir de le voir publié en librairie ?

    3
    titi.
    Samedi 21 Avril 2012 à 16:36

    Toujours si bien écrit. Bonne soirée !

    2
    margareth Profil de margareth
    Samedi 21 Avril 2012 à 09:21

    Marc :

    Croyez-vous ? 

    1
    Marc.
    Samedi 21 Avril 2012 à 08:51

    J'ai le sentiment que cette chapelle va être bientot exceptionnellement fréquentée.

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