• Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochon - 26

     

    Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochon - 26



    Une seconde attaque cérébrale avait foudroyé madame Le Chahier fin septembre. Yvonne rejoignit ses sœurs au R. Les tensions qui avaient agité le village après le départ des allemands étaient retombées depuis. Le capitaine Quillet succomba à une pneumonie au début de l’année 1946, dans sa chambre qui donnait sur la mer.

    A Pâques Liselotte proposait à Yvonne, Hélène et Sixtine d’acheter la part des Ecumes de Mer qu’elle se voyait contrainte de vendre pour régler les frais de succession, trop lourds pour elle qui n’était qu’une héritière indirecte. Elle désirait se séparer des deux tiers de la propriété, à savoir, la grande maison, le jardin du sud et la cour du nord. Mesdemoiselles Pochon déclinèrent l’offre. Elles possédaient désormais La Goélette et se relevaient à grand peine de la guerre. Néanmoins elles l’assuraient de leur amitié indéfectible.

    Ce devait être à peu près à cette date que Guy Drouet, démobilisé, s’était manifesté aux sœurs Pochon et leur avait annoncé qu’il s’arrêterait chez elles le temps de les saluer avant de poursuivre sa route en direction de Nantes puis de Préfailles. Le cœur d’Hélène battit un peu plus. Un fol espoir la soulevait.

    Tout d’abord elles ne reconnurent pas la haute silhouette osseuse appuyée sur une canne qui se dirigeait vers elles en claudiquant. L’homme leur sourit ; elles s’approchèrent. Les épreuves avaient buriné ses traits en rudes sillons qui creusaient son front et ses joues. Elles s’informèrent de sa santé. Elles ignoraient, lui dirent-elles qu’il avait été blessé. Il eut un bref rire sec. Il s’était foulé la cheville en sautant du train l’avant-veille. Sa réaction confondit quelque peu ces demoiselles qui y perçurent comme une légère irritation envers ces femmes toujours prêtes à se jeter au cou des héros. La voiture d’Yvonne les attendait à proximité de la gare.

    Guy Drouet se détendit dans le salon de l’hôtel Préfailles, devant une flambée. Il avait fait la campagne d’Italie, combattu dans l’Est, en Allemagne et jusqu’en Autriche. Avec la guerre, il avait tout perdu : sa maison, ses parents, son frère. Hélène le dévorait des yeux. Sixtine baissait le nez. La bague de fiançailles qu’Olivier lui avait offerte lançait des feux à son annulaire (elle la porterait jusqu’à sa mort) [NDL]. Il y eut un silence. Et maintenant ? Guy se racla la gorge, et : « Je suis venu pour cela aussi, vous faire part de mon prochain mariage. » Hélène devint écarlate. « J’ai rencontré une jeune fille en Afrique du Nord, Colomba. Elle et sa mère m’attendent à Nantes, chez mon oncle Emile Drouet. » La photo d’une jolie brunette circula de main en main.  « Je veux lui faire découvrir mon pays natal. Nous nous marieront à Notre-Dame d’Afrique et nous nous établiront là-bas près de sa famille. Je me suis associé avec son frère pour exploiter une orangeraie. » Mesdemoiselles Pochon le félicitèrent comme il convient, demandèrent des détails. De toute façon, assura-t-il, ils se reverraient car il conserverait la villa héritée de ses parents sur la côte.

    Au moment où il se levait pour prendre congé, Sixtine l’arrêta. « Attendez, Guy, j’ai quelque chose pour vous. » Elle disparut à l’étage et redescendit avec un étui de galuchat qu’elle lui remit. Il contenait une clé. « C’est la clé de la maison de vos parents, le seul souvenir que j’ai pu en garder. » Visiblement ému, Guy l’embrassa. Puis il leur dit non pas adieu, mais à bientôt à Préfailles.

    Après qu’Yvonne, Hélène et Sixtine l’eurent reconduit à la gare, Hélène se jeta à corps perdu dans la confection de ses colis alimentaires. La pénurie se prolongeait, ses protégées de Tours ne survivaient que grâce à ses envois réguliers. En revanche il n’était plus question de maman Tine dont la correspondance s’était interrompue au commencement de l’année 1944.

    Sur une photo d’avril 1946 les trois sœurs se tenaient bras dessus, bras dessous au pied de leur hôtel particulier, souriantes. Elles étaient vêtues de jupes longues à la cheville et portaient leurs cheveux dénoués sur le dos ce qui leur donnait l’allure de bohémiennes ou de hippies avant l’heure. Des factures, fines comme du papier à cigarette, énuméraient les premiers recouvrements des dommages de guerre (réparations, loyers impayés depuis les bombardements de Saint-Pierre-des-Corps, etc.) qu’elles commençaient à encaisser. Un joli pactole qui, assurément, renflouait leurs comptes.

    Un autre cliché daté de 1946 montrait mesdemoiselles Pochon et Liselotte dans des poses alanguies sur une plage, en maillots de bain deux-pièces, non pas des bikinis, mais ces espèces de shorts très couvrants de la taille aux cuisses qui ressemblaient à des minijupes.

    Un troisième montrait un groupe de pique-niqueurs assis sur le sable au bord des vagues. Au dos était noté la liste des participants : Kerval, Pochon, de Karn, Renant, Drouet.

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    L’été 1946 avait été vécu comme une renaissance après l’apocalypse mondial. Les sociétés d’amis se reformaient. Des rangs s’étaient éclaircis ; d’autres comptaient de grands invalides de guerre, civils ou militaires ; quelques-uns avaient quitté la Côte de Jade pour la Côte d’Azur. La carcasse de l’ancien casino surplombait la Grande Plage. Le soleil faisait danser des éclats de lumière au sommet des vaguelettes comme autant de signes d’espérance en l’avenir. Ceux qui se retrouvaient à Préfailles en cet été 1946 étaient des rescapés auxquels la vie ouvrait tout grand les bras.

    Les dernières photos, dont aucune ne portait d’indication de lieu ou de date, prouvaient que mesdemoiselles Pochon avaient, sans aucun doute, beaucoup voyagé après la guerre. En vrac, il y avait des vues de Vichy, du Massif Central, de Notre-Dame de Fourvière, de Cannes ; leurs portraits successifs, accoudées au bastingage d'un paquebot, devant la statue de la Liberté à New York ; un groupe parmi lequel elles figuraient près d’un père blanc (leur frère ?) au milieu d’africains qui posaient devant un dispensaire.

    NB : Ceci est une fiction

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  • Commentaires

    1
    Lundi 9 Juillet 2012 à 08:43
    Cigalette 106

    Coucou mon amie, j'espère que tu passe un beau séjour, grand merci pour ta jolie carte, j'ai hâte de te retrouver, mon Billy s'en est allé rejoindre mon mari, mercredi dernier, je n'ai pas voulu qu'il souffre plus longtemps.


    Très dure sans lui, gros bisous à toi et à Ugo

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