• Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochons - 9

     


    Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochons - 9


    La venue de la famille Pochon ranimait ce quartier de Préfailles à peine sorti de la léthargie hivernale. Yvonne klaxonnait dans le virage de La Goélette. L’automobile brinquebalait d’ornières en nids de poules sur une centaine de mètres encore. Liselotte, tout sourire, accourait, ouvrait les deux battants du portail, s’effaçait pour laisser passer le véhicule jusqu’au milieu de la cour. A peine descendues, on s’embrassait, on se congratulait, on sortait les bagages puis, tandis qu’Yvonne remisait la voiture, Liselotte précédait son monde dans la grande maison. Après en avoir fait le tour avec madame Pochon, elle le quittait au pied de l’escalier qui menait au premier, non sans qu’on se soit fixé rendez-vous dans l’après-midi.

    Les jeunes filles se précipitaient à l’étage afin de choisir leur chambre. Leur bonne, arrivée la veille, Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochons - 9avait ouvert les fenêtres pour les aérer. Chacune s’accoudait à la sienne et contemplait la mer infinie qui miroitait le long de la corniche, au bout du jardin. Hélène inspirait l’air iodé, s’en pénétrait. Elle aimait tellement ce lieu. Elle se sentait habitée, possédée par cette maison qu’elle fréquentait depuis sa prime enfance. C’était comme poser un pied dans l’éternité. Eugénie les tarabustait. Elle leur rappelait que Grand-maman les attendait à La Goélette pour le déjeuner.

    Malgré les drames auxquels elle avait dû faire face, madame Le Chahier gardait un caractère enjoué, mais non dénué d’autorité. Ses petites-filles l’appréciaient parce qu’elle prenait le temps de les écouter et qu’elle savait les comprendre. Elle occupait une maison qui eut été des plus banales si monsieur Le Chahier n’y avait adjoint autrefois un escalier de béton, surmonté d’une terrasse carrée dont toute l’originalité résidait dans les épais entrelacs de sa rampe, et qui permettait d’accéder directement à la salle à manger (la pièce la plus agréable) d’où l’on entrevoyait la mer entre les cyprès de Lambert et le mur de la dernière villa. Dans quelques jours des locataires s’installeraient dans les trois salles de l’étage et madame Le Chahier se retirerait au rez-de-chaussée qui comptait un couloir d’entrée, une chambre profonde, une cuisine ainsi qu’une minuscule arrière-cuisine convertie en buanderie. A la fin du repas, lorsqu’il faisait beau, on descendait prendre le café dans le jardinet, à l’ombre des fusains. Madame Le Chahier tenait ensuite à les emmener visiter le jardin potager, le cellier, à leur offrir des œufs frais récoltés dans son poulailler et trois ou quatre bouteilles tirées de ses fûts.

    Monsieur Quillet, ancien capitaine veuf depuis peu, avait pris sa retraite aux Ecumes de Mer, vaste demeure ouverte sur l’océan. Sa petite-nièce Liselotte en hériterait à la condition de prendre soin de lui jusqu’à son dernier souffle. L’hiver elle travaillait comme institutrice au village voisin. En saison elle s’occupait des locataires. Il lui avait fait aménager une maisonnette dans deux anciennes remises séparées du poulailler par une haie de tamaris. Lui-même, quand arrivaient les estivants, réservait à son usage le couloir qui séparait la cuisine de l’office, ce dernier, la petite salle à manger et un ancien débarras transformé en chambre. De temps en temps il recevait ses locataires dans sa retraite autour d’un goûter. Il était d’un commerce agréable et ses innombrables récits de voyages à travers le monde passionnaient ses interlocuteurs. Son crâne couvert d’un léger duvet de cheveux blancs, les méplats de son visage, évoquaient les rondeurs des galets.

    L’été les occupations ne manquaient pas pour les unes et pour les autres. Outre les bains, le tennis, les excursions, chacune se livrait à une activité selon ses goûts. Madame Pochon, sa mère et monsieur Quillet passaient de longs moments ensemble et en compagnie de vieux habitués de la petite station balnéaire. Liselotte, qui avait quatre ans de plus qu’Yvonne, lui préférait Hélène plus spontanée. Des amis se joignaient à elles pour de longues parties de pêche dans les rochers du côté de Quirouard ou de la pointe de Saint Gildas selon le temps ou les marées. La jeune Sixtine les suivait. Yvonne sillonnait la côte, son carton à dessin sous le bras. Elle le remplissait d’aquarelles gentillettes qu’elle vendait à son entourage et aux touristes par l’intermédiaire d’un marchand de souvenirs. Un fabriquant de cartes postales lui proposa même d’en éditer quelques séries. C’était une artiste. On fermait les yeux sur ses tocades, y compris lorsque la fantaisie lui prit de parer son front d’un chou doré retenu autour de ses cheveux flottants par le bolduc d’une boîte de chocolats !

    La veille des fêtes Liselotte cueillait des gerbes de fleurs dans son jardin destinées à orner le chœur de la chapelle. Sixtine aimait l’y accompagner. L’envers du décor, la sacristie, refuge mystérieux du prêtre et des enfants de chœur fermé aux fidèles, la fascinait. Un placard renfermait des chasubles colorées, les objets du culte ; un grand tiroir, les linges d’autel que Liselotte manipulait avec vénération. Au fond d’une étagère le soleil de l’ostensoir luisait de tous ses rayons. Elles nettoyaient les vases sous le robinet à l’extérieur, les garnissaient de bouquets qu’elles répartissaient autour de l’autel et au pied des saints.

    Lorsque ses affaires lui laissaient quelque liberté, Alfred Pochon rejoignait « ses femmes » au bord de la mer pour plusieurs jours. Il amenait avec lui Alcide, l’ancien majordome de ses parents. Lui, si imperturbable autrefois, était rentré triste et irritable après sa démobilisation. Depuis son regard semblait perdu sur la lointaine ligne des horreurs du front. A Préfailles il retrouvait un peu de joie. Il lui arrivait de rire.

    NB : Ceci est une fiction


    Généalogie famille Pochon Votre feuilleton du week-end : Les Soeurs Pochons - 9  (clic sur l'image pour l'ouvrir)

     

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  • Commentaires

    9
    Vendredi 16 Mars 2012 à 19:39

    Un peu en retard mai je suis...

    Bon week end 

    8
    Mercredi 14 Mars 2012 à 12:13

    des scènes de vacances du temps jadis, où la vie était agréable  ; j'aime beaucoup ton récit . On s'imprègne de l'atmosphère  des lieux .

    Bonne journée

    7
    margareth Profil de margareth
    Mercredi 14 Mars 2012 à 08:53

    Latil :

    Le monde changera bientôt. Il y aura le Front Populaire, la guerre et une société nouvelle qui se construira au retour de la paix. Bien des vies ont été bouleversées par ces événements.

    6
    Mardi 13 Mars 2012 à 22:04

    C est un beau recit un peu" aprés guerre" mais tellement bien écrit. J ai connu des familes semblable, mais pas au bord de la mer. Pendant l été la famille s instale à la campagne avec ses souvenirs et ses anciennes habitudes. Grandes sont les déceptions lorsqu elles s apercoivent que la campagne a changé, que la Tv a pris la place de la radio et qu une voiture rutilante attend dans le fond du garage.

    Bonne soirée Margareth

    Latil

    5
    margareth Profil de margareth
    Mardi 13 Mars 2012 à 07:36

    titi :

    Si tu y allais, je suis sûre que tu ne regretterais pas ton voyage !

    Algreroma :

    Les prochains chapitres sont déjà enregistrés !

    4
    Algeroma Profil de Algeroma
    Lundi 12 Mars 2012 à 20:18

    Le petit monde est bien installé..que va-t-il arriver?????? J'aime beaucoup le verbe brinquebaler que peu de personnes doivent connaitre!!! Tu as peint un cadre idyllique  avec les relations entre les personnages..il suffirait d'une étincelle pour tout bouleverser!!! Nous sommes après le premier conflit mondial...le deuxième est encore loin...mais que va-t-il arriver????????????:o)

    3
    titi.
    Dimanche 11 Mars 2012 à 16:15

    Çà donne envie d'aller à Préfailles ! Bonne soirée !

    2
    margareth Profil de margareth
    Samedi 10 Mars 2012 à 08:11

    cigalette 10 :

    Il n'est malheureusement pas possible de tout faire. Tout cela demande beaucoup de temps, qu'il soit question d'écrire, de dessiner ou de bricoler, bien que pour ta part tu sois beaucoup plus active que moi !

    1
    Samedi 10 Mars 2012 à 07:20
    cigalette 10

    Bonjour mon amie, j'ai relus les derniers épisodes que j'avait râté, c'est une histoire vraiment haletante, j'aime beaucoup ton style d'écriture, j'espère moi aussi m'y remettre, mais pour le moment je suis plutôt bricolage.


    Je te souhaite un doux WE ici le ciel est couvert, la pluie n'est pas loin je pense, gros bisous

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