En septembre 1939 maman avait
obtenu un permis de circuler. Elle peut donc sillonner la campagne en voiture pour y collecter fruits, légumes, rillettes et saucisses, beurre, conserves de viande dont elle remplit des colis à
destination de Préfailles, Paris, l'Oise, Angers. Elle ne ménage ni son temps ni ses efforts pour ravitailler au mieux les uns et les autres. Un petit garçon de ses amis s'étonne auprès de sa
maman : elle en a une grande ferme pour nous envoyer tant de paquets ! En retour, de Préfailles elle reçoit des crustacés, de Paris des colifichets achetés au Bon Marché, ou bien des
mandats, des tickets d'alimentation. Cependant que les habitants de l'Oise se plaignent du ronronnement incessant, jour et nuit, des avions qui les survolent.
Clic sur l'image pour ouvrir l'original
Le 22 novembre 1939 le gouvernement polonais en exil, conduit par le général Sirkorski, était accueilli officiellement à la gare Saint-Laud d'Angers. Le 2 décembre
1939, à son tour, W.Raczkiewicz, président de la république polonaise, venait s'installer en Anjou, au château de Pignerolle. Hôtels particuliers et châteaux de la région d'Angers furent investis
par les ministères polonais et les ambassades étrangères. Par ailleurs, une partie du trésor de la Banque Polonaise fut déposée à la Banque de France. Angers devint en quelque sorte la capitale
de la Pologne, jusqu'à la débâcle de juin 1940 qui obligea le gouvernement polonais à un nouvel exil, vers l'Angleterre, cette fois.
De cet épisode de la Deuxième Guerre Mondiale, j'ai retrouvé une trace dans nos papiers de famille. En effet, l'agence qui gérait les biens immobiliers de notre grand-père lui propose de louer
l'un de ses appartements à une femme dont la maison a été réquisitionnée. J'ignore s'il donna suite à l'offre...
La France s'enlise dans l'Occupation ; les pénuries s'accroissent ; le charbon fait défaut. Pendant l'hiver 1941 mes grands-parents en sont réduits à brûler du bois
vert pour se chauffer. A Préfailles on débite les beaux lambertianas (la parure de Préfailles !) gelés... qui rendent bien service aux habitants. Les villas, d'habitude inhabitées en cette
saison, ont été réquisitionnées. Notre petite station balnéaire est de plus en plus peuplée ! Tout le monde souffre : certains, du fait de la guerre, ont perdu leur emploi, d'autres manquent de
matières premières pour faire tourner leur commerce ou leur industrie, d'autres enfin, ont retrouvé leur maison entièrement vidée par le pillage. Les amis dispersés par la guerre évoquent avec
une nostalgie croissante les jours heureux de Préfailles.
* Consulter : page Rationnement