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En 1974 et 1975, j’ai eu le privilège de collaborer au tissage d’une tapisserie monumentale de 30 mètres de long sur 2,40 mètres de haut, L’Odyssée de l’Espace, d’après un carton de Daniel CHOMPRE, artiste plasticien
alors professeur à l’Ecole des Beaux-Arts d’Angers. L’œuvre, destinée à la Ville d’Angers, fut achevée en 1978. L’Odyssée de l’Espace est aujourd’hui conservée précieusement dans les collections du Musée Jean Lurçat de la tapisserie contemporaine d’Angers.
Replacée dans le contexte des années 70 cette fresque textile en reflète l’esprit. La conquête spatiale en plein essor ouvrait des étendues de rêve infinies, des perspectives d’aventure sans précédent. Le film éponyme de Stanley Kubrick (2011 : A Space Odyssey) et celui de Frankling J.Shaffer, La Planète des Singes (Planet of Apes) étaient sortis en 1968. Le 20 juillet 1969 pour la première fois des hommes avaient marché sur la lune. Les missions Apollo en direction de notre satellite se succédaient.
Par ailleurs, et de façon assez paradoxale, le mouvement Hippie, après 68, suscitait le retour à la terre (dans le Larzac, entre autres) et aux pratiques artisanales. Tissage et poterie étaient en vogue. Cette tapisserie de lisse (ou lice) en pure laine pouvait s’y rattacher. Elle figurait en quelque sorte la synthèse des courants antinomiques d’une époque.
En 1974, lorsque j’ai rejoint l’équipe formée par François et Marjaliisa Garotte, lissiers, dans l’Atelier du Ronceray, tout était en place et ils avaient déjà tissé quelques mètres de L’Odyssée de l’Espace. L’exécution de ce travail avait nécessité la mise en œuvre de moyens hors normes.

En premier lieu le métier de basse lisse (ou lice), entièrement métallique, conçu si je ne me trompe par François Garotte, répondait aux critères spécifiques liés à la longueur de la chaîne ainsi qu’au poids qu’atteindrait la tapisserie au fur et à mesure de son avancée (la tapisserie terminée, la partie avant du métier entraînée par le tambour s’enfoncera légèrement dans le sol). De plus, il était indispensable de maintenir une tension constante des fils afin que la tapisserie ne gondole ni ne varie dans sa hauteur et ce, d’autant plus que le dessin très épuré de Chompré (désigné par lui sous le terme de glyphes) imposait une exécution parfaite. Aux ensouples traditionnelles étaient adjoints deux tambours plus imposants : l’un pour les fils de chaîne, l’autre destiné à recevoir la tapisserie. Bien que toujours guidées au moyen de pédales (reliées ici à des sortes de balanciers au-dessus de nos têtes) les lisses, en raison de cet assemblage particulier, avaient été fixées par-dessus le métier, et non dessous. De plus, la distance de leur course obligeait à réguler en permanence la répartition des fils sur l’ensouple à l’aide d’une alène.

La sélection du local dans lequel fut réalisée cette œuvre unique avait relevé de plusieurs impératifs : la surface occupée par le métier lui-même, le stockage du matériel, un degré hygrométrique à peu près stable. En effet, dans un air saturé d’humidité les fils se distendent et obligent à tasser davantage la trame, ce qui entraîne inévitablement une irrégularité du tissage qui, une fois décroché, gauchira. Si au contraire l’air est trop sec, les fils cassent et nécessitent des raccords. C’est pourquoi le choix s’était porté sur l’ancienne église de l’Abbaye du Ronceray, dans le quartier de la Doutre à Angers. Nous disposions de tout l’espace nécessaire à notre activité. Malheureusement, l’hiver venu, un tel volume se révèlera difficile à chauffer.
Un autre avantage était la proximité de l’Abbaye du Ronceray dans le cadre de laquelle se tenait des manifestations du Festival d’Anjou. Dès l’été 1975 cinq métiers de basse lice conventionnels furent répartis de part et d’autre de la nef dans la perspective d’accueillir une première session d’Art Textile animée notamment par Pierre Daquin. Les participants venaient non seulement de France mais aussi d’Europe Centrale, de Scandinavie et d’Amérique du Sud.


A mon grand regret je n’ai pas assisté au déroulement de la tapisserie monumentale lors de son achèvement en 1978. Nul doute que ce furent des minutes palpitantes tant chacun devait se demander si le pari engagé avait tenu ses promesses, si du cocon allait sortir l’œuvre espérée. Et ce fut une réussite !

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Mes remerciements à :
La rédaction en chef du Courrier de l'Ouest
Françoise de Loisy, conservateur du Musée Jean Lurçat
Dominique Sauvegrain, Responsable du Service de Documentation des Musées d'Angers