Expatriée au Portugal, c'est à travers l'écran de la télévision que j'ai vécu cet événement incroyable : l'ouverture et la chute du mur de
Berlin, rageant de ne pas pouvoir me trouver au plus près des faits.
Rappelons que notre génération a grandi avec l'angoisse constante et entretenue d'un conflit apocalyptique entre les deux blocs, l'Est et l'Ouest ; le communisme et le capitalisme. Notre
préoccupation n'était pas alors d'enrayer la progression du réchauffement climatique, mais de survivre à l'hiver nucléairequi ferait inévitablement suite aux bombardements de la troisième (et dernière, disait-on) guerre mondiale ! Un film, dont j'ai oublié le titre et l'auteur, avait
d'ailleurs été tourné sur ce thème. On y voyait quelques survivants, emmitouflés dans leurs vêtements néo-moyenâgeux, errer à travers le globe congelé. La mode était à la construction d'abris
anti-atomiques, enfouis au plus profond du sol ; réduits étriqués sensés protéger pendant de longs mois les malheureux réchappés du carnage universel.
La situation nous semblait figée pour des décennies ou bien ne pouvoir se dénouer sans le drame fatal d'une nouvelle guerre planétaire. Et voilà que la frontière infranchissable entre les deux
Allemagne était soudain abolie dans la liesse. Bien sûr, il y avait eu de timides prémisses. Cependant rien n'avait permis d'envisager un aboutissement aussi rapide et pacifique.