De son vrai nom, Jacqueline Worms de Romilly, l’académicienne vient de nous quitter à quatre-vingt-dix-sept ans. Couverte d’honneurs, auteur de très nombreux ouvrages consacrés à la Grèce ancienne et à sa langue, cette grande dame presque aveugle, seule et sans famille à la fin de sa vie, s’interrogeait sur les critères de réussite d’une existence. Le succès, la consécration en sont-ils la plus sûre expression ?
Née Jacqueline David en 1913, elle était la fille de Maxime David, normalien professeur de philosophie qui mourut pour la France en 1914. Ce qui n’empêcha pas le régime de Vichy d’écarter Jacqueline de Romilly de sa fonction en 1941 à cause des origines juives de son père !
Philologue, helléniste, professeur, écrivain, ses travaux innombrables lui ont valu maints honneurs qu’il serait trop long d’énumérer dans ce billet, mais que vous pourrez consulter ici.
Citons les principaux :
En 1973, elle obtint la chaire de la Grèce au Collège de France et devint la première femme professeur de ce prestigieux établissement.
En 1975 elle est la première femme à être élue à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
En 1989 elle est la deuxième femme à entrer à l'Académie française, après Marguerite Yourcenar.
Elle fut aussi l’initiatrice, avec un médecin et un chef d’entreprise, du Blog des Bonnes Nouvelles à travers lequel elle nous incitait, selon le mot d’Apollinaire, à « rallumer les étoiles ». Certains, à notre époque où il est de bon ton de cultiver le cynisme et d’exalter la violence, on pu juger la démarche assez naïve pour la tourner en dérision et la parodier. Pourtant l’humanité a grand besoin d’innocence et de foi en un monde pas tout à fait perdu.
Alors, Madame, des hommes et des femmes de bonne volonté poursuivront votre tentative de « rallumer les étoiles » dont vous fûtes l’une des plus étincellantes.