Le
passage choisi pour notre réflexion est extrait des MEMOIRES DE MADAME LA MARQUISE DE BONCHAMPS SUR LA VENDEE rédigés par Madame la Comtesse de Genlis (1823).
Arrivée à Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), l’armée vendéenne épuisée, constamment harcelée par « les bleus » appelle au châtiment. Des cris se font entendre ; on demande la mort de cinq mille prisonniers renfermés dans l’église. « Vengeons-nous , s’écroit-on ; les flammes dévorent nos villes et nos hameaux ; nos ennemis sont sans pitié ; usons de représailles, il en est tems, et que les républicains apprennent ce que peut le désespoir. » A ce cri, devenu général, une artillerie meurtrière s’avance de toutes parts, les prisonniers sont au moment d’être massacrés : tout à coup un roulement de tambour se fait entendre… C’est un ordre de Bonchamps !... Expirant d’une blessure mortelle, il a entendu les cris de rage et de mort ; ranimant ses forces défaillantes, il s’est adressé aux officiers, aux soldats qui l’entouroient, plongés dans la douleur : « O mes amis, leur dit-ils, ne déshonorons pas la cause pour laquelle nous combattons ; Dieu et le roi fut notre devise : chrétiens, soyons digne de ce Dieu dont la croix brille sur notre poitrine et pardonnons comme lui : royalistes, épargnons nos frères égarés ; tels sont mes derniers vœux, portez-les à mes compagnons d’armes, je connois les Vendéens, ma voix mourante sera par eux respectée… » Elle le fut comme elle l’était en ces jours de bonheur où elle guidoit les soldats à la victoire… Un religieux silence avoit accueilli les dernières paroles du héros : le calme succède au trouble, la fureur fait place à des larmes d’admiration, et l’armée entière s’écrie : « Grâce ! grâce aux prisonniers ! Bonchamps le veut ! Bonchamps l’ordonne ! »