
Une douleur intense étreint la nuque. Les murs de la chambre tournent au rythme d'un manège infernal. La fenêtre et les portes défilent en une valse effreinée. Les yeux clos, les ténèbres elles-mêmes tourbillonnent avec la puissance d'un maelström. Quand tout s'apaise enfin, le corps tangue entre les meubles comme un bateau ivre.
Le pont de chemin de fer au-dessus de la Loire a un curieux aspect. Chacune de ses piles massives s'est dédoublée en colonnes, l'une verticale, l'autre oblique. Ce n'est pas laid. On croirait du Chirico. Quelques battements de paupières rétablissent les choses. Les piles retrouvent leur épaisseur coupée de biais par l'ombre du pont.
De grandes flaques s'étalent devant les bâtiments au bord des quais. Celui qui ne connaît pas les lieux en déduirait qu'ils ont les pieds dans l'eau. Plusieurs clignements d'yeux ramènent l'image à la réalité : ce ne sont que les ombres portées des immeubles.