Déjà la nuit précédente j'ai fait un cauchemar, ce qui est exceptionnel.
Une amie et sa mère m'accueillaient chez elles, en Alsace. Leur cuisine, fermée par une véranda, donnait, non pas sur la forêt vosgienne, mais surplombait une plage pleine de goémond, enserrée entre des rochers sombres. La mer déchaînée jetait des paquets d'écume contre les vitres. Nous nous réfugiions dans leur salle à manger dépourvue de fenêtres. La deuxième porte était entrouverte sur un hall d'où partait un escalier. Dans cette pièce règnait une certaine animation. Peut-être des chats et des chiens. Soudain je remarquai un curieux petit être qui s'avançait vers moi : la momie d'un bébé emmailloté dans des bandelettes. Il s'approcha jusqu'à m'embrasser sur la joue ou sur les lèvres. J'ai alors ouvert les yeux avec le sentiment d'avoir reçu le baiser de la mort.
Que peut évoquer cet enfant ? Sans doute notre petite soeur, morte à trois jours d'une encéphalite, il y a cinquante-sept ans, et dont je devais être la marraine.
Ce matin je me suis réveillée en proie à un terrible mal de tête, surtout au niveau de la région frontale et orbitale gauche. Il est vrai qu'hier soir j'ai lu assez tard, au lit. Mais en fin d'après-midi, au retour d'une course en ville, j'avais éprouvé cette fatigue particulière que je connais si bien. A quoi s'était ajouté dans la soirée un sifflement strident de l'oreille gauche qui, heureusement, a peu duré.
Il est toutefois à noter que je me sens apaisée, et même assez sereine. Tout à l'heure l'infirmière viendra m'administrer la troisième série de piqûres. Cela fera juste un mois que le nouveau traitement a commencé.