Le samedi et le dimanche rythmaient le déroulement quasi-immuable des vacances. Samedi le marché se tenait sur l'avenue de la Plage. Nous le traversions surtout par distraction parce que je ne me
souviens pas que nous y eussions jamais acheté grand chose. Toutefois, une année, un éventaire nouveau apparut comme un miracle : le marchand de Tout à 1fr (de l'époque
!) qui nous attirait irrésistiblement. Une véritable caverne d'Ali Baba de la bimbeloterie et de la quincaillerie à trois sous ! Ce qui convenait tout à fait à nos porte-monnaie. Lors de notre
départ en vacances nos parents versaient bien à chacun un modeste pécule. Mais sur celui-ci nous prélevions d'abord l'argent des menus cadeaux destinés aux fêtes et aux anniversaires de l'été.
Après quoi il ne restait plus grand chose pour notre satisfaction personnelle. Et là, soudain, l'étalage entier devenait accessible !
Ce jour-là, en fin d'après-midi, grand-mère nous lavait la tête avec un shampoing à l'oeuf de sa composition. Le soir, avant le coucher, elle prenait les filles à tour de rôle et roulait leurs
mèches de cheveux autour de fins bigoudis de cuir qu'elle enrobait d'une papillote de papier de soie. Seule ma soeur, dont les "baguettes de tambour" étaient rebelles à toute tentative de
mise en forme, échappait à ce supplice de patience.