Pour nous l'évocation de Préfailles suscite d'abord des images de bel été ensoleillé, le souvenir des cris de la plage que le vent apporte par vagues successives et
du bourdonnement des insectes pendant notre sieste. Pourtant il arrivait qu'il pleuve et même que souffle la tempête. Ces jours-là nous jouions devant la porte ouverte du couloir ou bien sur le
plancher de notre chambre. Petits, nous nous amusions pendant des heures avec des morceaux de bois de toutes formes. A ce jeu notre imagination ne connaissait pas de bornes. Je ne sais pas où
grand-mère les avait récupérés. Elle nous prêtait aussi des dominos. Les pièces d'ébène et d'os (ou d'ivoire) étaient rangées dans un coffret en forme de plumier à couvercle coulissant. Je crois
qu'ils avaient appartenus à notre grand-père. Et puis nous lisions et nous travaillions à nos devoirs de vacances.
Toutefois le mauvais temps ne présentait nullement un obstacle aux sorties. Hormis le fait que nous
devions prévoir un minimum de provisions, le spectacle de l'océan démonté nous
fascinait toujours. Enveloppés dans nos capuchons de toile enduite de caoutchouc (nous disions d'ailleurs nos caoutchoucs) nous aimions lutter contre les rafales pour franchir le léger
monticule planté d'écume de mer (arbuste aux petites feuilles argentées) qui séparait la route du chemin côtier. Le vent de mer s'engouffrait dans nos vêtements et nous repoussait
vers la rue. C'était un amusement parmi d'autres...