Depuis le début du traitement, il y a désormais trois semaines, mon état général s'améliore d'une manière sensible. Plus de vertiges ni de céphalées. La désagréable sensation que mon crâne se gonflait comme une outre lorsque, en position allongée, je croisais mes mains sur mon ventre, a disparu. Les buissons ne se transforment plus en tête de cheval en fonte couleur vert fontaines Wallace, les carillons lointains se sont tus. Bien que toujours assez fatiguée, cet épuisement constant qui m'accompagnait jours et nuits ne se manifeste plus.
D'un point de vue physique, je vais beaucoup mieux ; davantage encore psychiquement ! Jamais je n'ai abordé cette question, c'est pourtant dans ce domaine que j'ai éprouvé le pire, de façon à peine perceptible au départ, il y a presque un an, jusqu'à l'impression d'être possédée par une force infernale au cours des semaines qui ont précédé le début du traitement. La folie était bien près de me submerger, si ce n'en était déjà.
Tout à commencé par une sorte de mélancolie, des insomnies, quelques larmes parfois. Si en public je faisais encore bonne figure, au fond de moi tout devenait prétexte à tristesse, mes souvenirs, mon avenir, tous les malheurs du monde, la nature à la beauté vénéneuse. De plus en plus souvent je me trompais dans mes achats et mes paiements. Jamais de ma vie je n'ai cassé et ébréché autant de vaisselle qu'au cours de cette période. Je me brûlais souvent parce que j'avais tendance à prendre les casseroles à la base de la queue.
Plus tard, au contraire de ce qui se produisait au début, je dormais longtemps. Puis sont apparues des crises d'angoisse et de panique qui n'ont cessé de s'amplifier jusqu'à ce que les premières piqûres produisent leur effet. Ce que je vivais, surtout la nuit, était épouvantable. Il me semblait évoluer dans un monde obscur, intermédiaire, qui n'appartenait ni à celui des vivants, ni à celui des morts, et devoir à jamais y rester confinée ! Je sanglotais pendant des heures sans avoir une main rassurante à saisir. J'éprouvais une formidable colère contre le monde entier, qui se développait en moi comme un parasite aux dépens de mon libre-arbitre. Il m'est arrivé une fois de crier dans l'espoir de me libérer de cette pression mortifère. Aussitôt une douleur très vive a traversé ma nuque, comme un coup de poignard et je me demande maintenant si elle n'aurait pas été provoquée par une petite hémorragie cérébrale.
A cela s'ajoutait une confusion progressive de l'esprit. Plusieurs fois il m'est arrivé de ne plus savoir enfoncer une cl clef dans la serrure. Je me souviens d'un soir en particulier. Il faisait froid et nuit. Je rentrais de la dernière promenade avec mon chien. Il n'y avait personne dans l'immeuble. Incapable de prendre la moindre initiative, je restai là, sur le perron, à pleurer. En définitive je suis repartie faire un petit tour. Au retour tout était rentré dans l'ordre.
Quand il fallait utiliser le train, les horaires et les destinations devenaient si embrouillés pour ma raison dérèglée, que je n'y comprenais absolument rien de sorte qu'il m'est arrivé de manquer mon train ou bien de l'attendre pendant deux heures !
Prendre une décision, si commune qu'elle fût, suscitait de l'anxiété jusqu'au vertige. Je demeurais des heures prostrée, sans réussir à arrêter un choix tel que : faire cet achat ou cet autre ? Aller ici ou là ? Sortir ou ne pas sortir ? Prendre une douche le soir ou le matin ? etc. L'heure des repas passait sans que j'aie bougé. A la longue mon petit chien venait s'asseoir devant moi et me dévisageait. Il me donnait des coups de pattes, pleurnichait et finissait par me sortir du tourment sans fin qui me paralysait !
Tout au long de ces jours terribles, il m'a fallut faire un effort quasi-surhumain pour publier quelques articles...